Préambule

Je voudrais ici parler autrement

« Mon parcours et ma participation active à de nombreuses réalisations racontent une partie de ce que j’ai fait. Ici, j’ai voulu dire quelque chose de plus personnel : ce que toutes ces années m’ont appris des hommes, de la confiance, des convictions et de la nécessité de toujours rester utile. »
Jacques J.-P. Martin jeune

Je n’ai jamais pensé qu’une vie publique puisse se résumer à une succession de fonctions. Les titres passent. Les mandats s’achèvent. Ce qui demeure, ce sont les rencontres, les fidélités, les responsabilités assumées, les désaccords parfois, et cette étrange dette que l’on ressent envers celles et ceux qui vous ont accordé leur confiance.

J’ai eu la chance de connaître plusieurs vies dans une seule : l’ingénieur, le dirigeant d’entreprise, l’élu départemental, le maire, l’intercommunalité, les grands réseaux et le Grand Paris. Mais ce que je retiens aujourd’hui n’est pas un inventaire. Ce sont des hommes et des femmes qui m’ont appris, parfois soutenu, parfois contredit, et souvent obligé à progresser.

Avec les années, une conviction s’est renforcée : on n’agit jamais durablement pour soi. On agit pour une ville, pour des habitants, pour une équipe, pour un territoire, et pour ceux qui viendront après. C’est cette conviction qui explique aussi pourquoi, aujourd’hui, je souhaite encore transmettre et aider.

Une empreinte ancienne

Le général de Gaulle, puis une certaine idée de l’engagement

Je suis né en 1942 à Alger et mon enfance m’a très tôt ouvert à d’autres horizons. Parmi les souvenirs qui ne m’ont jamais quitté, il y a cette rencontre, à Madagascar, avec le général de Gaulle. J’étais jeune. Je ne pouvais pas mesurer tout ce que ce moment représenterait plus tard dans ma vie, mais j’en ai gardé une émotion intacte.

Le gaullisme auquel je me suis ensuite attaché n’a jamais été pour moi une nostalgie. J’y ai trouvé une certaine idée du service, de la responsabilité, de l’indépendance et du rassemblement. Le gaullisme social, en particulier, m’a appris qu’une autorité n’a de sens que si elle se préoccupe des hommes et qu’une décision publique doit toujours se mesurer à ses conséquences concrètes.

C’est dans cet esprit que j’ai commencé à m’engager, à débattre, à rencontrer d’autres jeunes militants et à comprendre que la politique pouvait être une manière de servir, à condition de ne jamais perdre le contact avec la réalité.

Jacques J.-P. Martin jeune lors d’une rencontre avec le général de Gaulle à Madagascar
Le souvenir de la rencontre à Madagascar.Photographie d’archive retouchée pour améliorer sa lisibilité.

Une école humaine et politique

Des convictions, toujours à l’écoute

Mes premières années d’engagement ont été une véritable école. J’y ai côtoyé des personnalités issues de générations différentes : Robert-André Vivien, le général Pierre Billotte, Jacques Chaban-Delmas, puis Jacques Chirac, Philippe Séguin et bien d’autres. Avec certains, j’ai travaillé. Avec d’autres, j’ai partagé des combats, des débats ou des moments qui ont compté.

Ces rencontres m’ont appris que les convictions sont nécessaires. On ne sert pas durablement sans savoir ce que l’on défend. Mais elles m’ont appris aussi qu’aucune famille politique ne détient à elle seule toutes les réponses. Lorsque l’intérêt d’une ville, d’un département ou d’un territoire est en jeu, il faut savoir regarder au-delà de son camp.

Je crois profondément que l’on peut défendre fermement ses idées tout en respectant celui qui pense différemment. La politique se dégrade lorsqu’elle transforme l’adversaire en ennemi. Elle retrouve sa noblesse lorsque des femmes et des hommes qui ne votent pas de la même manière savent malgré tout construire ensemble.

Réunion d’engagement politique
Les années de formation, de débat et d’engagement.
Réunion publique autour du rassemblement
Le rassemblement comme méthode autant que comme conviction.

Transmission

Roland Nungesser, une relation de confiance et de transmission

Dans mon parcours public, certaines rencontres ont compté davantage que d’autres. Celle de Roland Nungesser appartient à ces fidélités qui vous forment et vous obligent.

Roland Nungesser et Jacques J.-P. Martin lors d’un échange à Nogent-sur-Marne
Roland Nungesser et Jacques J.-P. Martin : une relation de confiance, de transmission et de fidélité.

Roland Nungesser a occupé une place particulière dans ma vie. Je l’ai connu très jeune et, au fil des années, une relation de confiance s’est installée entre nous. Il m’appelait parfois son « fils politique ». Cette expression m’a toujours touché : elle disait une proximité, mais surtout une transmission et une responsabilité.

En 1988, lorsqu’il m’a choisi pour lui succéder au Conseil général du Val-de-Marne, j’ai reçu cette confiance comme un honneur et comme une exigence : celle d’être digne de ce qu’il m’avait transmis. Cette période m’a appris à défendre un cap, à écouter, à négocier et à rechercher l’accord lorsque l’intérêt général l’exigeait.

« Il m’appelait parfois son “fils politique”. »

Cette histoire avait pour moi une résonance particulière : dans ma propre famille, l’aviation n’était pas un souvenir lointain. Elle appartenait, elle aussi, à notre histoire.

Un écho familial

Dans ma famille aussi, l’aviation était une histoire vécue

Paul Jean Victor Tillault, que nous appelions « le grand-oncle », appartient à cette génération des débuts de l’aviation. Les photographies et le brevet conservés par la famille donnent aujourd’hui une réalité très concrète à cette mémoire.

Paul Jean Victor Tillault en tenue d’aviateur devant un appareil ancien
Paul Jean Victor Tillault devant un avion à hélice

Paul Jean Victor Tillault, celui que nous appelions dans la famille « le grand-oncle », photographié auprès de deux appareils. Archives familiales.

Son brevet de pilote-aviateur, conservé dans nos archives familiales, porte la date du 11 novembre 1918 et le numéro 13.051. Il inscrit son parcours dans cette période où l’aviation militaire connaît un développement décisif.

Cette histoire ne s’arrêtait pas au « grand-oncle ». Mon père avait lui aussi suivi la voie de l’aviation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit comme pilote en second sur des bombardiers Lancaster de la RAF. Ce n’était donc pas, pour moi, un récit lointain transmis après coup : cette expérience appartenait pleinement à l’histoire de mon père et, avec elle, à mon histoire familiale.

Je n’ai jamais voulu transformer ce parallèle en certitude historique : rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que Paul Tillault et Charles Nungesser se soient personnellement rencontrés. Mais cette proximité de générations, de destins et de service donnait à certains de mes échanges avec Roland une résonance particulière.

Deux histoires familiales différentes, mais une même mémoire du service, de l’engagement et de la transmission.

Pièce d’archive

Le brevet de pilote-aviateur de Paul Jean Victor Tillault

Conservé dans les archives familiales, ce document donne un repère précis à cette histoire : la qualité de pilote-aviateur, une date — le 11 novembre 1918 — et un numéro de brevet, 13.051.

Brevet ouvert de pilote-aviateur de Paul Jean Victor Tillault
Brevet ouvert — daté du 11 novembre 1918, n° 13.051.
Couverture du brevet de pilote-aviateur de Paul Jean Victor Tillault
Couverture du brevet — archive familiale.

Rassembler

Des convictions, sans jamais renoncer au dialogue

Pendant plus d’un quart de siècle dans l’opposition départementale, j’ai appris une chose que je considère aujourd’hui comme essentielle : être dans l’opposition ne signifie pas s’opposer à tout. Il existe des moments où l’intérêt général oblige chacun à sortir de sa logique de camp.

Lorsqu’un projet est bon pour les habitants, lorsqu’il améliore un transport, un réseau, un équipement, un service public ou l’avenir d’un territoire, je crois qu’il faut savoir le soutenir, quelle que soit l’étiquette de celui qui l’a proposé. Nous pouvons nous affronter sur des orientations et, le lendemain, nous retrouver autour d’un projet commun. C’est aussi cela, la responsabilité.

Au cours de ma vie publique, j’ai ainsi travaillé ou échangé avec Roland Nungesser, Robert-André Vivien, le général Pierre Billotte, Jacques Chirac, Philippe Séguin, Xavier Bertrand, Alain Juppé, Jacques Chaban-Delmas, Patrick Ollier, Michel Giraud, Gilles Carrez, Olivier Capitanio, Michel Herbillon, Nicolas Sarkozy, mais aussi avec des sénateurs du Val-de-Marne, des présidents du Sénat, des maires de Paris et de nombreux responsables appartenant à des sensibilités différentes.

J’ai également beaucoup appris du monde économique et de dirigeants rencontrés en France, en Europe, outre-Atlantique et en Asie du Sud-Est. Cette diversité n’a jamais brouillé mes convictions ; elle les a enrichies. Elle m’a surtout appris qu’on avance davantage lorsqu’on sait écouter ce que l’autre peut apporter.

Rencontre au cours d’un rendez-vous public
Des rencontres qui ont nourri une expérience humaine autant que politique.
Échange entre responsables lors d’une rencontre publique
Échanger, confronter les idées, puis rechercher ce qui peut rassembler.

Nogent-sur-Marne

Ce que l’on ne dit pas toujours lorsqu’on est maire

Être maire, c’est aussi devoir choisir. Les habitants voient ce qui se réalise, mais aussi ce qui tarde. Au fil des années, les marges financières des collectivités se sont resserrées : les dotations de l’État ont diminué, tandis que les charges, les normes et les attentes continuaient de progresser. Tout indique que cette contrainte restera durablement présente.

Il fallait pourtant continuer à investir, entretenir la ville, préserver les services publics et préparer l’avenir. Avec davantage de moyens, aurions-nous pu faire plus ? Bien sûr. Je sais que certains Nogentais auraient souhaité voir certains projets avancer plus vite. Je le comprends.

Mais je n’ai jamais souhaité faire de l’augmentation des impôts la réponse automatique à chaque difficulté. Il fallait fixer des priorités et préserver la capacité de Nogent à investir demain.

Faire plus avec moins n’est jamais simple. Voir Nogent reconnue en 2026 comme première commune du Val-de-Marne où il fait bon vivre, pour la sixième année consécutive, et 41e au niveau national, est une satisfaction particulière. Ce résultat n’est pas une récompense personnelle : une ville est une œuvre collective.

Aux Nogentaises et aux Nogentais, je veux dire merci. Leur confiance, jusqu’à présent, m’a honoré, mais surtout elle m’a engagé à toujours agir au mieux de leurs intérêts.

Jacques J.-P. Martin prenant la parole
Servir une ville, c’est rester au contact de celles et ceux qui la font vivre.

Aujourd’hui

Rassembler ces années pour mieux transmettre

Après tant d’années d’engagement, j’ai ressenti le besoin de rassembler ici ce qui a construit mon parcours : les rencontres, les convictions, les réussites, mais aussi les difficultés et les enseignements du temps. Non pour regarder le passé avec nostalgie, mais pour remercier ceux qui m’ont fait confiance et transmettre une expérience encore utile.

L’expérience n’a de sens que si elle continue à circuler. Aujourd’hui, je souhaite mettre la mienne au service de celles et ceux qui agissent pour les territoires. Parfois, un conseil, un regard extérieur ou une mise en relation peuvent suffire à faire progresser une idée.

Je souhaite aussi rassembler des femmes et des hommes d’expérience, venus d’horizons différents, qui partagent la même volonté d’aider et de transmettre. Toute ma vie publique m’a appris que nous n’avons pas besoin de penser de la même manière pour construire ensemble. Lorsque l’intérêt général nous rassemble, nos différences deviennent une richesse.

Je souhaite donc poursuivre mon engagement autrement, plus librement peut-être, mais avec la même envie d’écouter, de rapprocher, de rassembler les personnes et de faire avancer les projets.

Utiliser l’expérience d’hier pour aider à construire les projets au sein de la ville de demain : c’est tout le sens de ma démarche et de mon engagement.

Jacques J.-P. Martin lors d’un échange
Aujourd’hui encore : écouter, relier les expériences et transmettre.
« Je les remercie toutes et tous de m’avoir fait confiance. Cette confiance reçue au fil des années, je souhaite aujourd’hui la transformer en disponibilité pour les autres. »

Avenir

L’aventure continue

En mars 2026, les électeurs ont fait un autre choix. Je ne conduisais pas la liste engagée dans cette élection, mais j’en respecte naturellement le résultat. Une élection se gagne ou se perd. L’attachement à une ville, les relations humaines et la volonté d’être utile ne disparaissent pas pour autant.

Je n’ai jamais conçu l’engagement comme une carrière que l’on range une fois le dernier mandat terminé. Pour moi, s’engager a toujours signifié servir mon pays, mes concitoyens et l’intérêt général.

J’ai toujours eu tendance à tendre la main, à rechercher une solution et à rapprocher les personnes capables de faire avancer un projet. Je ne vois aucune raison de cesser aujourd’hui.

Je continuerai donc, au-delà des partis politiques, à aider, à transmettre, à mobiliser et surtout à rassembler celles et ceux qui souhaitent agir concrètement pour leur ville et pour le bien-être de leurs concitoyens.

Je n’ai plus besoin d’un mandat pour être utile. Après toutes ces années, je sais même peut-être mieux qu’avant que l’essentiel n’est pas la fonction que l’on occupe, mais ce que l’on peut encore apporter aux autres.

Aux Nogentaises et aux Nogentais qui m’ont accordé leur confiance pendant tant d’années, à toutes celles et tous ceux qui ont travaillé à mes côtés — parfois depuis des sensibilités très différentes de la mienne — je veux simplement dire merci.

Et à celles et ceux qui ont encore des idées, des projets, de l’expérience ou l’envie de servir, je veux dire autre chose : continuons. L’aventure ne s’arrête pas ici.